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Les risques de l’évaluation

Posted by admin on 25 juin 2014 in L'école aujourd'hui |

citation einstein

A l’école, l’évaluation est un mot qui fait souvent peur. Sous ce vocable se profile d’inquiétants spectres : sélection sociale précoce, classement, injustice, compétition …. Force est de constater que dés lors qu’il s’agit d’évaluation scolaire, on constate un malaise certain.

 – Malaise chaque année lors de la passation des évaluations nationales CE1/ CM2

– Malaise des parents d’élève qui reçoivent un épais livret scolaire pour leur enfant de 3 ans -Malaise du Pitchoun de moyenne section au cahier orné de bonhommes qui font la gueule.

 – Malaise dus au projet d’évaluer et rémunérer les professeurs « au mérite », en prenant compte les résultats obtenus pas leurs élèves.

-Malaise, et tollé justifié d’avant le nouveau projet d’évaluation des élèves de GS.

 

Sachons tout d’abord de quoi l’on parle. Les pédagogues distinguent 3 types d’évaluation : diagnostique, formative et sommative. Tout d’abord avec l’évaluation diagnostique, il s’agit pour l’enseignant de prendre connaissance les connaissances des élèves sur un sujet avant de leur proposer une séquence d’enseignement. L’évaluation formative, elle, a pour objet d’aider les apprenants à progresser. Enfin, l’évaluation sommative préside à l’octroi de diplômes et certificats, ou encore à la réussite d’un concours.

 

Mais quels sont donc les effets délétères de ce type d’évaluation ?

– Celui qui reçoit une mauvaise note se sent humilié. De tels sentiments handicapent la performance intellectuelle. L’entourage, en particulier familial, accorde une grande importance aux notes et a souvent tendance à identifier l’élève à ses notes sans prendre en compte ses véritables motivations (« Tu es littéraire puisque tu as eu 15 en français », « Avec ton 3 en maths tu ne dois pas avoir un esprit bien logique »). L’élève, même celui qui obtient d’excellentes notes, est enfermé dans une case, alors même que sa personnalité est en construction. L’évaluation est sensible car si elle prétend ne juger que le travail fourni, c’est toujours la personne qui se sent jugée (par exemple, quel enseignant est tout à fait serein lors de la visite de son inspecteur ?). Comment ne pas penser alors au terrible rapport sur le suicide des enfants ?

 

– Les notes n’ont que l’apparence de la partialité : Les résultats obtenus par un élève dans une matière lui procurent une réputation qui tend à contaminer, par « effet de halo », l’évaluation qu’il reçoit dans les autres matières (par exemple un élève bon en français sera jugé de façon plus bienveillante en maths qu’un élève mauvais en français). Qui peut également prétendre que l’origine sociale de l’élève n’a pas jamais d’incidence sur sa note ? En outre, le professeur confronté à un paquet de copies tend à mettre un certain pourcentage de bonnes et mauvaises notes, indépendamment des qualités réelles des tests. Inconsciemment, le correcteur tend à trier son tas de copies en trois, les bonnes, les moyennes, les mauvaises copies, sur le modèle d’une courbe en cloche : c’est la constante macabre.

Les notes incitent les élèves à l’opportunisme et focalisent leur attention sur les stratégies permettant d’obtenir une bonne note au détriment du fond (travailler les exercices à plus fort coefficient, reprendre les opinions du professeur dans l’espoir de lui plaire…). La notation favorise les comportements malhonnêtes comme la triche. Elle contribue à une mauvaise ambiance de classe en exacerbant jalousies et rivalités, (que celui qui n’a jamais connu l’ambiance plombée instaurée par le professeur qui rend son paquet de copies classé de la meilleure à la plus mauvaise note lève le doigt). Elle n’aide pas à former des citoyens mais des individus isolés en compétition.

 

-Pire, la notation influence le contenu de l’enseignement. Le danger est de ne plus enseigner que ce qui est traduisible en note, au détriment d’une pédagogie favorisant la compréhension du fond. C’est l’effet que les anglo-saxons ont mis en relief sous le terme «teaching to the test».

Pourtant les notes perdurent, parfois défendues par les enseignants, parfois réclamées par les élèves et leurs parents (à qui elles fournissent un indicatif chiffré de la « performance » de leur enfant). En primaire, la notation chiffrée se raréfie au profit de l’évaluation par compétences (pour ceux qui n’auraient pas d’enfants scolarisés, ce sont les formulations du type « lire seul, à haute voix, un texte comprenant des mots connus et inconnus» qui, au passage, transforment le traditionnel bulletin scolaire en somme indigeste). Mais les notes réapparaissent souvent en CM1/CM2 au motif de «préparer les élèves au collège ». Personnellement, je ne vois pas comment le fait de confronter des enfants à la partialité et à la catégorisation constitue une bonne préparation à l’enseignement secondaire. Pour avoir moi-même mis des notes en CM (on apprend en faisant des erreurs…), j’ai constaté qu’ils s’habituaient en effet très vite à calculer leur moyenne et à exiger au moins la note 10 (« Maîtresse, 10, ça passe ?! »)…

 

Si les plus petites classes échappent en général aux notes, certaines tares reprochées à l’évaluation chiffrée se retrouvent aussi dans l’évaluation par compétence à laquelle nous soumettons les élèves de primaire. L’évaluation, selon les termes consacrés « non acquis, en cours d’acquisition, à renforcer, acquis », se rapproche finalement d’une note sur 4 dans l’esprit de beaucoup. Je suis frappée de voir le stress de certains élèves dès 5 ou 6 ans dés lors que l’on prononce le mot contrôle ou évaluation.

 

Comment ignorer également la pression sur les enseignants engendrée par les attentes hiérarchiques ou parentales ? Pression qui peut conduire à pervertir le contenu de l’enseignement vers la dérive du « teaching to the test ». Gageons que, dans un tel système, des compétences comme coopérer,  débattre en affutant ses arguments,  travailler en équipe risquent d’être des grandes perdantes (où sont-elles, par exemple, dans les évaluations nationales CE1/CM2 ?).

 

Or, les compétences difficilement évaluables sont souvent les plus importantes pour la réussite scolaire : les véritables bons élèves ne sont-ils pas ceux qui peuvent opérer transfert d’une compétence d’une matière à l’autre, ceux qui font preuve d’autonomie et de réflexivité par rapport à leur propre travail ?

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Pour approfondir:

Faut-il avoir peur de l’évaluation?

L’évaluation, une menace?

 

 

 

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