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Tribune libre : Pour être un élève heureux ?

Posted by admin on 19 juin 2014 in Comprendre l'apprenant |

Maslowpyramide

On parle beaucoup du développement intellectuel d’un enfant mais rarement du développement personnel, ou de son épanouissement. Nous vivons une époque où chacun veut s’améliorer, grandir, ou ressembler à une personne en vue.

Les motivations font déborder d’énergie les candidats, surtout en  début de période, mais ces motivations peuvent très vite devenir négatives  et donner des résultats inverses. La personnalité se construit progressivement depuis la naissance. Les actes sont déclenchés par des pulsions, de survie, puis viendront les pulsions de défenses face au danger reconnu, ou des craintes, des peurs. Pour qu’un enfant devienne un bon élève, il lui faut grandir dans une ambiance épanouissante, où ses besoins fondamentaux ne seront pas transformés. Il doit être heureux.

Une carence de l’un d’eux génère une psychopathologie. Selon Abraham Maslow, les besoins sont hiérarchisés, selon le niveau de maturité et de connaissances acquises. Depuis les besoins élémentaires de l’enfant, que l’on peut définir comme physiologiques, manger, boire dormir, s’enchaînant naturellement à celui de la sécurité, ensuite le physique, puis le développement psychique conditionné par l’affection reçue  et le sentiment d’appartenance  à la famille. Ces besoins vont générer un sentiment de confiance et de bien être qui fera accomplir des actions personnelles par les ressources intellectuelles et matérielles acquises.

Avec Maslow, nous retiendrons surtout l’idée d’un individu en train de devenir humain,  animé d’instincts qui lui sont propres et le distinguent particulièrement de l’animal, le portant progressivement vers les valeurs  (de l’être). Maslow insiste sur la nature instinctoïde de ce processus et n’y met aucune métaphysique particulière. Il s’agit, pour lui, de l’humain en accomplissement de soi, de sa propre nature, qu’il convient plus d’accompagner dans sa croissance intérieure que de guérir d’hypothétiques maladies venant de l’extérieur.

Pour comprendre le développement d’un enfant, il est nécessaire de comprendre l’évolution de son fonctionnement psychique. L’enfant est un futur adulte en construction, il a dès le départ des propriétés personnelles dont il faut tenir compte.

 

Selon Freud, le développement  implique  trois parties :

–       Le ça, est le réservoir des pulsions

–       Le moi, apparait progressivement au vue des expériences, le système défensif se met en place tout comme un système adaptatif. Il commence à tenir compte de la réalité et des besoins incitations pulsionnelles.

–       Le surmoi, se construit progressivement à partir de 5-6 ans, et représente l’intériorisation des interdits, qu’il devra compenser, ou des dangers qu’il faudra contourner ou éviter.

Et sont régis par trois principes :

–       Le principe de plaisir, ou la recherche de réduction des tensions. C’est la détente, le plaisir immédiat, c’est une réaction primaire issue de l’impatience  « je veux de suite » pulsionnel, non raisonné.

–       Le principe de réalité, c’est la prise en compte de la réalité, des interdits, parce qu’il faut attendre. C’est un processus secondaire, réfléchi.

–       Le concept de pulsion, porteur de mouvements, passifs ou actifs, j’aime ou je n’aime pas.

Ces éléments vont conditionner le psychisme au gré des expériences vécues et des souvenirs ancrés dans le « ça », et qui seront des assistants naturels du futur comportement ou des opposants farouches, selon qu’ils seront considérés comme sécurisants ou dangereux.

 

Le développement psycho affectif est très important.

Le rôle de l’affectivité

L’affectivité est un vecteur d’équilibre psychique par la sécurité qu’il procure à l’enfant. S’il est égocentrique comme à 3 ans, il a besoin de vivre pour lui car il ne connait pas encore le partage, on voit souvent l’exemple dans les familles où l’écart entre deux naissances est inférieur à 5 ans, malgré tout l’amour dispensé par  les parents, l’aîné manifeste de la jalousie et effectue un repli pour se mettre au niveau du petit et obtenir les mêmes avantages. Ce phénomène est courant et se constate à l’école comme à la maison, l’enfant régresse en maturité.

Le rôle de la famille

La famille est la première marche vers le chemin de la personnalité, selon les concepts d’Eric Berne, le parent est la personne qui donne les ordres, punit et récompense. L’enfant sera d’autant plus à l’aise que son évolution sera accompagnée d’actions guidées et valorisantes. Il aura alors le sentiment d’utilité favorable à son estime personnelle. Son MOI, se développera sans être obligé de tricher ou de compenser par des mensonges.

Le rôle du jeu

Longtemps considéré comme activité futile par les éducateurs, il est une activité indispensable de l’évolution vers la maturité. Il représente le monde du travail pour l’enfant, c’est un auxiliaire de croissance mentale et d’intégration dans le monde.

Il fabrique des schèmes d’actions  sensorimotrices, « perception et action » il favorise la confiance en soi, et dégage les actions réfléchies des actions reflexes. L’enfant devient capable de se représenter mentalement une action ou une série d’actions.

C’est l’apprentissage :

– Du  savoir, des connaissances variées en relation avec l’adulte

–  Du savoir faire, la mise en œuvre des gestes

–  Du savoir être, apprentissage des comportements lui permettant de s’intégrer, de travailler et de découvrir le plaisir, et d’organiser ses propres pensées.

L’objectif du jeu est l’obtention d’un plaisir, en même temps qu’un savoir faire.

Donc, tous les élèves des classes maternelles et primaires sont des  candidats au développement personnel. C’est à ce moment là qu’il faut prendre conscience des capacités et des carences des enfants. Développer leur potentiel et remédier aux carences sans toutefois pousser à l’extrême une rééducation trop contraignante qui serait alors traumatisante et irréversible parce qu’ancrée dans l’inconscient. Ces talents, reconnus, concernent les intelligences particulières (Howard Gardner)  ou aussi  particularisantes, qui peuvent rendre célèbre, comme certains, musiciens, sculpteurs, poètes…

 

L’individualisation et le conditionnement

Certains comportements indispensables à l’évolution font  partie des acquisitions réflexes. Le circuit  comportemental, le béhaviorisme du coaching, c’est l’interaction de l’individu  avec son environnement, comme l’apprentissage étudié par Watson, à l’origine des réflexes conditionnés, implique ici l’éducation par l’acquisition de  comportements reflexes, qui venant  conditionner l’individu face à des situations particulières comme la lecture et l’écriture, les réponses à des exercices… 

Nous arrivons dans la culture de l’individu, qui commence dans la famille, elle se perfectionne  à l’école pour s’éclore dans la société.

 

Il est question de  s’épanouir en société parmi les siens, sans complexe, mais avec un sentiment d’appartenance utile et d’estime de soi, comme développé par  Christophe  André et François Le lord, dans « comment s’aimer pour vivre ave les autres ? »

La recherche  de satisfactions passe par  la couverture d’un certains nombre de besoins, décrits par la pyramide de Maslow (hiérarchisés en 5 niveaux). Chaque accomplissement d’un niveau est nécessaire à l’accomplissement du suivant. Ainsi pour trouver l’équilibre  des  satisfactions  on a besoin de l’estime de soi. L’écolier ne peut pas s’y déroger, elle est la  condition unique de sa réussite. Un écolier heureux sera un bon élève.

 

Les méthodes d’épanouissement

Les méthodes de pédagogie positive, utiles à l’épanouissement, développent la pensée et l’intelligence,  ou inverse si trop de contraintes éducatives  viennent freiner la pensée et l’intelligence,  en n’autorisant aucune initiative personnelle, mais seulement des soumissions à des actes incompris. L’épanouissement est le chemin parcouru sans contraintes, pour arriver au but, le bien être, mental et physique. Pour cela, le développement personnel de l’enfant  va  d’abord passer par la découverte  de ses besoins insatisfaits pour envisager de les combler, comme l’affectivité et le jeu libre, qui ont un rôle capital. D’ailleurs cette carence se remarque immédiatement pour les initiés, les ignorants ne font qu’amplifier le phénomène en rejetant la faute sur l’autre.

Accéder directement aux désirs les plus profonds de l’enfant comporte aussi des risques, car il ne les connaît  pas exactement de façon précise et  consciente. Aimer son enfant n’est pas l’obliger sous la contrainte à satisfaire des désirs qui ne sont pas les siens… ou l’empêcher de réaliser lui-même ses propres créations.

Faire une analyse de ses points forts et des points  faibles, pour  mieux  l’aider à se découvrir il faut  lui faciliter l’apprentissage  qui lui  convient, lui organiser  son temps  et lui faire  accomplir des actes performants.

Les cours supplémentaires, ceux qui perfectionnent, ou les soutiens scolaires, apporteront des compléments valorisants.

 

L’école actuelle, est-elle vraiment un ascenseur,  ou un descendeur social ?

Le premier acte du développement est joué par les parents, la famille, comme décrit par (Pierre Bourdieu et Claude Passeron) dans la reproduction, où les parents ont une tendance à orienter leurs enfants selon leurs propres désirs et non selon ceux des gamins. (Mon fils sera médecin, ingénieur etc… alors qu’à 18 ans il ne sait pas lire). Après les parents, il y a l’école. La seconde phase de valorisation se situe en classes maternelles, là où leur curiosité s’appuie sur du concret, à condition que cette école soit qualifiée et ne soit pas seulement un parc à bébé,  une simple garderie.

Elle lui délivre  les connaissances dont il aura besoin dans sa vie de citoyen, pour se valoriser dans la société. à commencer par son entrée en classe primaire. Son intelligence  est fragile, ses performances peuvent varier selon l’environnement psychique où il se trouve  et par le climat pédagogique de l’école.

 

L’entrée à l’école à 6 ans est trop tardive, il se trouve immédiatement confronté à une situation qu’il ne maitrise pas, et qui va rapidement  le décourager. Si aucune action de soutien et de remise à niveau n’est entreprise  à cette période, il ne pourra pas surmonter son retard et s’orientera vers un abandon.

Souvent l’élève ne sait pas faire ce qu’on lui demande, parce que les consignes et les leçons sont inaccessibles, rédigées dans un langage incompréhensible, ou d’un niveau trop élevé. Il va hésiter jusqu’à ne plus avoir confiance ni en lui, ni dans un système qui le dévalorise.

Et cela dans plus de 90%  des cas en zone rurale secteur public ou privé et environ 50% en zone urbaine (chiffres non scientifiques, mais seulement constatés par l’expérience).

 

Son développement intellectuel

Il faut savoir que son développement va passer par des phases incontournables, mais irrégulières. Elles dépendent de l’âge physique, mais pas seulement et c’est là le piège. Je vois des enfants de 5 ans ½ qui sont en CP et qui éprouvent des difficultés. Ces enfants sont encore jeunes pour ce niveau si leur maturité n’est pas atteinte. Surtout ne pas lui faire remarquer cette différence, l’aider à grandir, il sera mur un peu plus tard, comme les fruits !  L’ignorance de ce phénomène très répandu chez les enseignants du primaire, constitue déjà une grave carence professionnelle. C’est conduire les élèves vers l’assurance d’un échec.

Son développement va le conditionner positivement  et le mettre dans un état de réception, face a ses attentes, il se  sent valorisé puisqu’il est sur le chemin de ses rêves. Maria Montessori a organisé une pédagogie autour des capacités de chacun.

 

Exemple : un élève qui n’aime pas les maths parce qu’il ne comprend pas, mais par contre est très bon en littérature,  avec une très bonne mémoire auditive.

Le maître, ou les parents ignorants, vont renforcer  ses connaissances par des cours supplémentaires en maths. Que va-t-il se passer ? Au lieu d’être faible, il va devenir nul en maths, et en plus le risque est de le bloquer aussi en littérature… pouvant  ainsi se retrouver en phase d’échec total.

Alors il faut plutôt le perfectionner en littérature, pour qu’il devienne excellent, et par répercussion augmentera ses  performances  de mathématiques tout naturellement. Là nous retrouvons une des intelligences  d’Howard Gardner, une partie de l’intelligence générale.

 

On peut extraire une conclusion

Avant de blâmer un élève pour ses faiblesses, il faut d’abord vérifier ses dispositions  réelles et analyser ses points faibles sans anticiper une réussite  illusoire  non adaptée à ses capacités.

Les mauvaises pédagogies deviennent dramatiques pour la scolarité, inappropriées aux besoins des élèves, elles les bloquent, au lieu de les élever. Cette situation est actuellement  majoritaire dans les écoles privées au Maroc. Seules les enfants dotés d’une bonne  capacité intellectuelle peuvent résister. Une solution prioritaire est de changer les programmes scolaires, pour les cycles II et III et IV.

On peut conclure que l’école marocaine actuelle est une machine à dévaloriser ses élèves en fabriquant des illettrés, dont l’avenir incertain, évolue entre la délinquance et le chômage. Dixit, Alain Bentolia (Conférence de juin 2010).

 

Pierre DHAUD

Psychopédagogue, Agadir

 

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